Les enfants sont couchés ? 5 œuvres érotiques classiques à redécouvrir

Jessie Romaneix Gosselin - CC - https://www.flickr.com/photos/jessieromaneix/237681433
Jessie Romaneix Gosselin – CC – https://www.flickr.com/photos/jessieromaneix/237681433

Poussé par la ferveur populaire – et par votre curiosité, avouez-le, vous avez dévoré lu le premier tome (ou les trois, n’ayez pas peur de vous confesser, même les meilleurs d’entre nous l’ont assumé) de la saga 50 nuances de Grey. Emoustillé par les situations érotiques rapportées mais déçu, voire outré, par la qualité de la prose laissant à désirer, vous avez fini par abandonner la littérature érotique, n’ayant aucune envie de vous (re)plonger dans la collection Harlequin de votre grande tante. C’est oublier le foisonnement d’œuvres érotiques écrites par les grands maîtres de la littérature au fil des siècles. Ainsi, afin d’allier maîtrise de la langue et plaisir du bon mot, nous vous présentons aujourd’hui 5 œuvres érotiques classiques à redécouvrir.

5 classiques érotiques

Les Liaisons Dangereuses

Les Liaisons Dangereuses

Les Liaisons Dangereuses

Commençons par le plus classique des classiques, Les Liaisons Dangereuses, roman épistolaire de Pierre Choderlos de Laclos paru en 1782. Vous ne l’avez pas lu mais le titre vous dit quelque chose? Vous avez sans doute vu l’une de ses multiples adaptations cinématographiques. En 1960 Roger Vadim dirige ainsi Jeanne Moreau et Gérard Philippe tandis qu’en 1988 c’est au tour de Stephen Frears d’adapter le roman avec Glenn Close et John Malkovich dans les rôles principaux. Les plus jeunes d’entre nous quant à eux n’auront pas manqué Sexe Intentions à sa sortie au cinéma en 1999 avec Sarah Michel Gellar. L’histoire est aussi jouissive que diabolique: le vicomte de Valmont et la marquise de Merteuil se livrent à une compétition libertine qui fait fi de la morale et des sentiments des abusés. C’est à qui comptera le plus d’aventures, et saura s’en vanter dans ses lettres, détails à l’appui…

Gamiani ou Deux nuits d’excès

Gamiani ou Deux nuits d'excès

Gamiani ou Deux nuits d’excès

Il s’agit d’un chef-d’œuvre de la prose poétique, « {dépassant} les monstruosités du marquis de Sade en paroxysme érotique » selon le jugement (exagéré) du Grand Dictionnaire Universel du XIXe siècle. Gamiani ou Deux nuits d’excès reste néanmoins l’ouvrage le plus licencieux le plus lu et réimprimé de son siècle. Alfred de Musset y raconte les ébats de la comtesse Gamiani avec Fanny et Alcide durant deux nuits où ceux-ci partageront leurs expériences sexuelles, de leur initiation érotique à leurs plus grands exploits. Un court roman pornographique qui s’inscrit parfaitement dans les penchants de son époque. Tour à tour excitant, écœurant, révoltant… Âmes sensibles s’abstenir.

Belle de Jour

Belle de jour

Belle de jour

« Ce que j’ai tenté avec Belle de Jour, c’est de montrer le divorce terrible entre le cœur et la chair, entre un vrai, immense et tendre amour et l’exigence implacable des sens. Ce conflit, à quelques rares exceptions près, chaque homme, chaque femme qui aime longtemps, le porte en soi. Il est perçu ou non, il déchire ou il sommeille, mais il existe. » Voici comment Joseph Kessel résume son roman, Belle de Jour, dans lequel Séverine, jouée par Catherine Deneuve dans l’adaptation cinématographique de Luis Buñuel, choisit de trouver, au sein d’une maison close, le plaisir charnel qu’elle n’a jamais connu avec son mari qu’elle aime, pourtant, d’un amour sincère.

Le Con d’Irène

Le Con d'Irène

Le Con d’Irène

100 ans après Alfred de Musset, un autre poète, Louis Aragon, que l’on connaît pour son magnifique recueil Les Yeux d’Elsa, publie clandestinement Le Con d’Irène. Le titre ne laissant aucune place à l’ambiguïté, le lecteur n’est pas déçu. Comme à la lecture de Gamiani, on se retrouve absorbé, fasciné, plongé dans un tourbillon d’érotisme cru, choquant, écœurant, le tout à l’aune du style parfois déroutant d’Aragon. « Ah, l’ordure qu’elle peut être. Elle s’échauffe, et son amant avec elle, d’un vocabulaire brûlant et ignoble. Elle se roule dans les mots comme dans une sueur. Elle rue, elle délire. Ça ne fait rien, c’est quelque chose, l’amour d’Irène. »

Lolita

Lolita

Lolita

« Lolita, lumière de ma vie, feu de mes reins. Mon péché, mon âme. Lo-lii-ta : le bout de la langue fait trois petits pas le long du palais pour taper, à trois reprises, contre les dents. Lo. Lii. Ta. » Humbert, professeur de littérature, confesse son amour passionnel pour Dolorès dite Lolita, la fille de sa logeuse. Roman de tous les interdits, de tous les paradoxes, l’écriture n’en reste pas moins solaire. Ce qui dérange n’est pas tant ce qui est raconté, mais bien plus ce qui est tu. Avec Lolita, Vladimir Nabokov se fait maître de l’imagination du lecteur, l’emmenant dans les recoins les plus sombres de sa pensée, le guidant sur les chemins du fantasme malsain, choquant, terrible qu’il se refuse à lire mais qu’il s’imagine pourtant sans limite. En France, ce livre n’est disponible qu’en Poche.

Vous l’aurez remarqué, ces cinq oeuvres ont été écrites par cinq auteuRs. Pourtant, des poèmes de Sappho à la Vénus Erotica d’Anaïs Nin, en passant par l’œuvre de Louise Labé, les femmes de lettres se sont elles aussi volontiers adonnées au plaisir de la littérature érotique au moins une fois dans leur carrière. Des œuvres que l’on vous proposera de découvrir dans un prochain article…